Alors que le paysage des réseaux sociaux demeure profondément marqué par les bouleversements provoqués par la transformation de Twitter en X, Bluesky poursuit méthodiquement sa montée en puissance. En cette fin janvier 2026, la plateforme a levé le voile sur une partie de sa feuille de route pour l’année à venir, confirmant une stratégie claire : consolider ses acquis, renforcer ses spécificités et améliorer l’expérience utilisateur sans céder aux dérives qui ont fragilisé ses concurrents.
Après une année 2025 consacrée à l’absorption d’une croissance rapide et à la mise en place de fondations techniques solides, Bluesky aborde 2026 avec une base d’utilisateurs dépassant désormais les 42 millions. Cette progression est largement liée aux multiples crises de gouvernance, de modération et de crédibilité qui ont affecté X, poussant une partie des amateurs de microblogging à chercher des espaces plus stables, plus lisibles et plus respectueux de leurs usages numériques.
Le chef produit de Bluesky, Alex Benzer, l’affirme sans détour : la plateforme veut investir davantage dans ce qui la rend différente. Cette approche se traduit par une série d’améliorations concrètes déjà annoncées. Le composeur de texte, l’un des outils les plus utilisés, va enfin bénéficier d’un système de brouillons, longtemps réclamé par les utilisateurs. Les vidéos pourront dépasser la limite actuelle de trois minutes et seront envoyées plus rapidement, tandis que les publications accepteront davantage d’images par post. Les fils de discussion, élément central des échanges sur la plateforme, seront également plus simples à créer et à organiser.
Bluesky entend aussi renforcer la découverte de contenus. Le flux Discover va bénéficier d’une équipe dédiée afin d’en améliorer la pertinence et la réactivité, tandis que des tags thématiques sont à l’étude pour faciliter la navigation par centres d’intérêt. L’objectif est clair : rendre la plateforme plus intuitive sans enfermer les utilisateurs dans des algorithmes opaques ou agressifs.
Autre nouveauté déjà en test : un badge « live » temporaire permettant aux créateurs diffusant sur Twitch ou Streamplace d’informer leurs abonnés en temps réel. Cette fonctionnalité annonce une volonté plus large de faire du direct, notamment sportif, un pilier à part entière de l’expérience Bluesky, sans pour autant transformer l’application en plateforme de divertissement envahissante.
Certaines lacunes restent toutefois à combler. Le système de messages privés, introduit tardivement en 2024, ne permet toujours pas l’envoi de photos ou de vidéos, une limitation désormais difficilement justifiable. L’absence de comptes privés et d’une interface avancée de type TweetDeck est également relevée par de nombreux utilisateurs expérimentés, habitués à une gestion plus fine de leurs flux d’information.
Malgré ces manques, Bluesky se distingue par une trajectoire singulière : le réseau social n’a pas encore cédé aux sirènes de l’intelligence artificielle générative à outrance, préférant concentrer ses efforts sur la stabilité, la lisibilité et le contrôle des usages. Dans un écosystème numérique saturé de plateformes instables ou controversées, cette retenue constitue en soi un positionnement politique et technologique.
À l’aube de 2026, Bluesky n’est plus un simple refuge temporaire pour utilisateurs désabusés. Il s’impose progressivement comme une alternative crédible, fonctionnelle et durable pour celles et ceux qui souhaitent continuer à s’exprimer sans alimenter des systèmes devenus toxiques ou imprévisibles.


