Il arrive que le progrès technologique ne révèle pas la grandeur humaine, mais ses penchants les plus déroutants. Internet, cette invention qui devait élever les esprits et rapprocher les peuples, expose aussi, parfois, des formes inédites de jalousie et d’hostilité. Ce qui relevait autrefois de l’intime ou de l’insignifiant peut désormais franchir les écrans, se propager et acquérir une portée inattendue. Une affaire récente au Royaume-Uni en apporte une démonstration saisissante : pour la première fois, une femme a été condamnée pour ce que l’on appelle désormais un « cyberpet ».

Au cœur de cette affaire se trouve une femme britannique de 25 ans, Rhiannon Evans, qui a reconnu devant la justice avoir envoyé à plusieurs reprises des vidéos et des selfies explicites d’elle-même en train de péter à l’ex-petite amie de son compagnon. Ces messages, transmis via l’application WhatsApp, n’avaient rien d’anodin dans leur intention. Ils visaient explicitement à humilier, provoquer et perturber psychologiquement la destinataire.

La victime, selon les éléments présentés devant le tribunal, a déclaré avoir ressenti de l’angoisse et une profonde détresse face à ces envois répétés. Ce qui, à première vue, pourrait sembler grotesque ou ridicule, a été analysé par les procureurs sous un angle beaucoup plus sérieux : celui de la communication malveillante et du harcèlement numérique.

La justice britannique ne s’est pas arrêtée à la nature inhabituelle du contenu. Elle s’est concentrée sur l’intention. Le tribunal a estimé que ces messages constituaient une forme de harcèlement, car ils avaient été envoyés de manière répétée, ciblée, et avec l’objectif clair de nuire au bien-être émotionnel de la victime. Rhiannon Evans a ainsi plaidé coupable et a été condamnée à une peine de suivi judiciaire de douze mois, à une amende, ainsi qu’à une interdiction formelle de contacter la victime pendant une période de deux ans.

Cette affaire marque un tournant symbolique dans l’évolution du droit à l’ère numérique. Elle démontre que le contenu d’un message importe parfois moins que son intention et son effet. Internet ne transforme pas seulement la manière dont nous communiquons. Il transforme la nature même des actes humains. Un geste qui, dans un contexte privé, pourrait être insignifiant, devient, lorsqu’il est numérisé, enregistré et envoyé avec une intention hostile, un acte juridiquement sanctionnable.

Cette évolution reflète une réalité plus large. La communication numérique ne se limite plus aux mots. Elle inclut les images, les vidéos, les symboles et même les gestes les plus inattendus. Chaque smartphone est devenu un amplificateur de l’intention humaine. Il peut servir à éduquer, à créer, à inspirer. Mais il peut aussi servir à harceler, humilier ou blesser.

Ce cas illustre également une vérité fondamentale sur la technologie : elle est neutre. Elle ne crée ni la jalousie ni la cruauté. Elle les expose. Elle leur donne simplement une portée plus large, une permanence et une traçabilité que le monde physique ne permettait pas.

Heureusement, cette affaire rappelle aussi que les systèmes juridiques évoluent. Les lois s’adaptent progressivement à cette nouvelle réalité, reconnaissant que le harcèlement ne nécessite plus une présence physique pour être réel. Un message, une image ou une vidéo peuvent suffire à provoquer une souffrance authentique.

À mesure que la technologie s’intègre davantage dans nos vies quotidiennes, une nouvelle responsabilité émerge. Celle de comprendre que chaque action numérique laisse une trace, chaque message porte une intention, et chaque geste peut avoir des conséquences bien au-delà de ce que son auteur imagine.

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