L’entreprise fondée par le compagnon d’Elizabeth Holmes veut analyser des échantillons biologiques grâce à la spectroscopie Raman. La technologie est réelle, mais son utilisation pour réaliser rapidement des diagnostics à domicile reste à démontrer.
Le nom de Billy Evans est de nouveau associé à une ambition qui rappelle celle de Theranos : rendre les tests de santé plus accessibles. Dans le documentaire You Can See Everything, réalisé par Nathan Fielder et Lance Oppenheim, Evans et Elizabeth Holmes évoquent le développement d’un prototype et leur collaboration autour d’idées de produits. Evans a toutefois présenté Haemanthus comme une entreprise indépendante, et Holmes n’apparaît pas dans ses documents de constitution, selon l’enquête de WIRED.
Qui est Billy Evans ?
Originaire de San Diego, Evans vient d’une famille connue dans l’hôtellerie locale. Après des études en économie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il aurait tenté de lancer un service de conciergerie médicale, avant de travailler dans plusieurs entreprises technologiques, dont LinkedIn et Luminar Technologies.
Il rencontre Holmes en 2017, alors que l’affaire Theranos fait déjà l’objet d’une attention publique. Leur relation se poursuit malgré la condamnation de l’ancienne dirigeante, reconnue coupable de fraude envers des investisseurs. Evans fonde Haemanthus en 2022. Dans le film, il accepte que son projet soit rapproché de Theranos — une comparaison qui attire inévitablement l’attention sur les promesses et les limites de la nouvelle entreprise.
Haemanthus veut analyser des échantillons avec la lumière
Haemanthus travaille sur un système qui utiliserait la spectroscopie Raman pour examiner des échantillons biologiques. Cette méthode consiste à éclairer une matière et à analyser les faibles changements de fréquence de la lumière diffusée. Les signaux obtenus peuvent renseigner sur la composition moléculaire de l’échantillon.
La spectroscopie Raman est une méthode scientifique étudiée depuis des décennies. Un brevet américain portant sur un système de spectroscopie Raman a été accordé à Haemanthus le 21 janvier 2025. Ce document décrit des éléments optiques et des dispositifs de détection; il ne démontre toutefois pas, à lui seul, qu’un appareil peut diagnostiquer des maladies de façon fiable à domicile.
C’est là que se situe le défi : transformer une technique utilisée en recherche et dans des contextes spécialisés en un appareil compact capable d’analyser du sang, de l’urine ou de la salive rapidement et avec une précision suffisante pour un usage médical. Le professeur Eric Potma, de l’Université de Californie à Irvine, a déclaré à WIRED qu’il conseillait l’entreprise et qu’il ne pouvait donc pas commenter davantage. Il a néanmoins décrit les idées d’ingénierie de Haemanthus comme intéressantes et dignes d’être explorées.
Des fonds levés, mais peu d’informations publiques
Haemanthus communique peu sur ses activités et n’a pas encore présenté publiquement de produit commercial. Selon des informations rapportées par The New York Times et reprises par plusieurs médias, l’entreprise aurait obtenu des fonds auprès de proches et d’investisseurs, pour un total qui pourrait approcher les 20 millions de dollars. Ces montants proviennent de comptes rendus de collecte de fonds; ils ne signifient pas que la technologie a été validée ou qu’un produit est prêt à être vendu.
Des documents de présentation destinés aux investisseurs évoqueraient d’abord des tests vétérinaires, puis des applications pour la santé humaine. La question de la réglementation reste donc centrale. Les documents de l’entreprise auraient présenté la première étape comme échappant à une surveillance réglementaire; le New York Times a rapporté que le département américain de l’Agriculture (USDA) lui avait indiqué exercer une autorité sur les diagnostics vétérinaires.
Une promesse à évaluer sur des preuves
La technologie Raman n’est pas une invention sortie de nulle part. Mais l’existence d’une méthode scientifique et d’un brevet ne suffit pas à établir qu’un appareil peut produire des résultats médicaux fiables, reproductibles et autorisés pour un usage donné.
Haemanthus porte ainsi une double charge : convaincre que son approche technique peut fonctionner et gagner la confiance d’un public qui connaît déjà l’histoire de Theranos. Pour l’instant, l’entreprise reste en développement et ses capacités diagnostiques ne sont pas démontrées publiquement. Le projet sera jugé sur des résultats mesurables : validation indépendante, exactitude des tests et conformité aux exigences réglementaires.
Sources : enquête de WIRED sur Billy Evans et Haemanthus; brevet américain US12203862B1; couverture du financement rapporté par The New York Times et relayée par The Guardian.

