La publication de ce communiqué n’est pas anodine. Le Conseil National des Télécommunications (CONATEL) a annoncé, le 20 février 2026, la finalisation officielle du Plan national des télécommunications d’urgence d’Haïti, élaboré en collaboration avec l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), à travers son Bureau de développement des télécommunications. Pour un pays régulièrement frappé par des catastrophes naturelles et confronté à la fragilité de ses infrastructures, cette annonce représente, en apparence, une avancée institutionnelle majeure.
Selon les autorités, ce plan vise à garantir la continuité des communications vitales avant, pendant et après les catastrophes. Il doit permettre de maintenir les liaisons essentielles entre les services d’urgence, les institutions publiques et les populations, même dans les circonstances les plus critiques. Cosmas Zavazava, Directeur du Bureau de développement des télécommunications de l’UIT, a salué le résultat d’une collaboration qu’il qualifie de solide, affirmant que ce cadre permettra de renforcer la coordination nationale et de s’assurer que personne ne soit laissé en marge des communications d’urgence.
Dans un pays où l’effondrement des réseaux de communication a, à plusieurs reprises, amplifié les conséquences des catastrophes, l’existence d’un tel plan répond à une nécessité évidente. Lors du séisme de 2010, comme lors des ouragans et crises successives qui ont suivi, l’interruption des communications a paralysé la coordination des secours, isolé des communautés entières et ralenti considérablement les interventions. Garantir la résilience des télécommunications ne relève donc pas du confort technologique, mais d’une exigence de sécurité nationale.
Cependant, derrière la portée symbolique et stratégique de cette annonce, une question fondamentale demeure : quelle sera la traduction concrète de ce plan sur le terrain ? L’histoire récente d’Haïti est jalonnée de stratégies, de cadres et de feuilles de route dont l’existence n’a jamais suffi à transformer la réalité des infrastructures. Un plan, aussi pertinent soit-il sur le plan conceptuel, ne produit aucun effet sans investissements réels, sans modernisation des équipements et sans vision technologique alignée sur les transformations mondiales.
Cette interrogation est d’autant plus légitime que le secteur des télécommunications connaît actuellement une mutation profonde à l’échelle internationale. Les communications ne reposent plus uniquement sur des antennes terrestres. De nouvelles architectures émergent, permettant aux téléphones de se connecter directement aux satellites, réduisant la dépendance aux infrastructures traditionnelles et offrant des solutions particulièrement adaptées aux zones vulnérables ou isolées. Cette évolution redéfinit progressivement les fondements mêmes des réseaux de communication.
Dans ce contexte, la pertinence du Plan national des télécommunications d’urgence dépendra moins de son existence que de sa capacité à anticiper ces transformations. S’il se limite à renforcer un modèle déjà fragilisé, son impact restera limité. En revanche, s’il s’inscrit dans une vision moderne intégrant les technologies émergentes et la résilience structurelle des réseaux, il pourrait constituer un véritable tournant pour la sécurité et la souveraineté technologique du pays.
La finalisation de ce plan constitue donc une étape importante, mais non une finalité. Elle ouvre une phase décisive, celle de la mise en œuvre. C’est dans les choix technologiques, les investissements et la capacité à traduire cette ambition en infrastructures réelles que se mesurera sa véritable portée. Dans un monde où la continuité des communications détermine la capacité d’un État à protéger sa population, l’enjeu dépasse largement le cadre administratif. Il touche à la capacité d’un pays à se préparer, concrètement, aux réalités du futur.
Source : Conseil National des Télécommunications (CONATEL), communiqué officiel du 20 février


