L’année 2026 marque un tournant inquiétant dans l’histoire d’Internet mondial. En Iran, le pouvoir en place a démontré qu’il est désormais possible, même à l’ère du satellite et des réseaux distribués, de plonger un pays entier dans le silence numérique. Plus grave encore : le régime iranien est parvenu à perturber puis neutraliser Starlink, longtemps présenté comme l’ultime rempart technologique contre la censure d’État.

Depuis le 8 janvier 2026, l’Iran a connu un blackout quasi total d’Internet. Sites nationaux inaccessibles depuis l’étranger, erreurs de type timeout, coupures téléphoniques, ralentissements massifs des réseaux mobiles et fixes : le pays a été progressivement isolé du reste du monde numérique. Les organisations internationales de surveillance du trafic Internet ont confirmé une chute brutale de la connectivité, allant jusqu’à 97 % de baisse de l’usage national, signe d’une coupure méthodique et coordonnée.

Ce blackout ne survient pas dans le vide. Il s’inscrit dans un contexte de vastes manifestations populaires déclenchées fin 2025 et prolongées en janvier 2026. Contestation du régime, grèves des bazars, appels ouverts à un changement politique : face à une mobilisation qui gagnait en ampleur, le pouvoir iranien a réactivé une stratégie déjà éprouvée lors des crises précédentes, mais avec une sophistication technologique inédite.

Pendant des années, la coupure d’Internet a été une arme classique du régime iranien. 2019, 2022, 2025 : à chaque vague de contestation majeure, les autorités ont restreint ou interrompu l’accès au réseau afin d’empêcher la coordination des protestations et la diffusion d’images vers l’extérieur. Mais en 2026, un élément nouveau semblait pouvoir contrecarrer cette mécanique : Starlink.

Le réseau satellitaire de SpaceX, propriété d’Elon Musk, avait été présenté comme une solution capable de contourner les coupures imposées par les États. Grâce à des terminaux indépendants des infrastructures terrestres, Starlink permettait théoriquement de se connecter à Internet même en cas de blackout national. Dans les premiers jours de la crise, certains Iraniens y ont effectivement eu recours, notamment dans des foyers, hôtels et bureaux disposant de terminaux clandestins.

À partir de la deuxième semaine de janvier, les autorités iraniennes ont lancé une vaste opération de brouillage des signaux GPS et satellitaires. Résultat : une dégradation massive de la qualité des connexions Starlink, avec des pertes de paquets estimées à 30 % en moyenne, atteignant jusqu’à 80 % dans certaines régions. La connexion devenait instable, inutilisable pour la plupart des usages. Le 11 janvier 2026, pour la première fois, Starlink a été considéré comme pratiquement hors service sur une grande partie du territoire iranien.

Cette neutralisation ne s’est pas limitée à la guerre électronique. Des opérations de terrain ont suivi. Les forces de sécurité ont mené des perquisitions porte à porte, confisquant les antennes satellitaires et traquant les utilisateurs soupçonnés de maintenir un accès au réseau mondial. Le message était clair : aucun canal de communication ne devait échapper au contrôle de l’État.

L’Iran a également déployé une stratégie de désinformation numérique. Une fausse application Starlink a circulé afin d’identifier et piéger les citoyens tentant de se connecter. En parallèle, le gouvernement a encouragé la population à supprimer certaines applications de messagerie, accusées d’espionnage étranger, renforçant ainsi l’isolement informationnel du pays.

Sur le plan technologique, cet épisode constitue une alerte mondiale. Il démontre que même les infrastructures satellitaires, souvent perçues comme invulnérables, peuvent être perturbées par des États disposant de moyens techniques, militaires et réglementaires suffisants. Le mythe d’un Internet totalement décentralisé, hors de portée des gouvernements autoritaires, se fissure.

Les conséquences humaines et économiques ont été lourdes. Transactions numériques paralysées, hôpitaux et pharmacies affectés, banques ralenties, entreprises fermées : le blackout a touché le cœur même de la vie quotidienne. Internet n’est plus un simple outil de communication ; il est devenu une infrastructure vitale, et sa coupure équivaut désormais à une mise sous cloche d’une société entière.

Au-delà de l’Iran, cette crise pose une question fondamentale : qui contrôle réellement Internet ? Les États, les entreprises technologiques, ou une combinaison instable des deux ? Le cas iranien montre qu’un gouvernement déterminé peut, au moins temporairement, reprendre la main sur un réseau pourtant conçu pour résister à la centralisation et à la censure.

Pour le monde technologique, pour les défenseurs des libertés numériques, pour les plateformes satellitaires elles-mêmes, 2026 restera comme un signal d’alarme. L’avenir de la connectivité mondiale ne se jouera pas uniquement dans l’innovation, mais aussi dans la capacité à protéger les réseaux contre les stratégies de contrôle, de brouillage et de répression numérique.

L’Iran vient de rappeler au monde une vérité inconfortable : la technologie seule ne garantit pas la liberté. Elle peut l’amplifier, mais elle peut aussi être muselée.

2026 Internet blackout in Iran ; BBC News ; NetBlocks ; Associated Press ; NBC News ; New York Times ; Forbes.

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