L’École Normale Technique, ENTec, a remis, le samedi 13 juin 2026, les certificats de la première promotion du Baccalauréat Technique en Informatique. Une initiative pilote qui ne concerne pas seulement l’école, mais aussi l’avenir numérique d’Haïti.
La cérémonie s’est tenue au Collège Marie Dominique Mazzarello, à Delmas 95, Pétion-Ville, en présence de responsables éducatifs, de partenaires institutionnels, d’enseignants, de parents et de jeunes bénéficiaires.
Au total, 125 jeunes, dont 68 filles et 57 garçons, ont terminé ce programme pilote consacré aux compétences numériques. Douze enseignants ont également été impliqués dans cette première expérience, qui vise à introduire davantage de compétences pratiques dans le parcours scolaire des jeunes.
Les élèves certifiés proviennent de quatre établissements : le Lycée National de Pétion-Ville, l’Institution Sainte Rose de Lima, le Collège Marie Dominique Mazzarello et le Collège Dominique Savio. Ils ont été formés dans deux spécialités liées à l’informatique : Support informatique et Conception web.
Le programme a été mis en œuvre par l’ENTec, la Fondation Rinaldi et Jóvenes y Desarrollo, avec le financement de l’Union européenne et l’appui de la Coopération espagnole à travers l’AECID. Il s’inscrit dans le cadre du projet « Pour un Enseignement et une Formation Techniques et Professionnels inclusifs et alignés à l’emploi ».
Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Son Excellence Monsieur Marco A. Peñín Toledano, ambassadeur d’Espagne, Madame Carmene Blanco Reinosa, responsable de l’AECID, ainsi que le Révérend Père David Hérode, directeur de l’ENTec.
Une formation qui répond à un besoin réel
Dans une société où presque tous les secteurs dépendent désormais du numérique, former des jeunes à l’informatique n’est plus un luxe. C’est une nécessité.
Les entreprises, les écoles, les institutions publiques, les médias, les organisations sociales et même les petites activités commerciales ont besoin de personnes capables de comprendre, d’utiliser, d’installer, de maintenir et de développer des outils numériques.
Avec des compétences en support informatique, ces jeunes peuvent intervenir dans la gestion de postes de travail, l’assistance aux utilisateurs, l’installation de logiciels, la maintenance de base, la configuration d’équipements ou encore l’accompagnement technique dans les écoles, les bureaux et les petites entreprises.
Avec la conception web, ils entrent dans un autre domaine essentiel : la création de sites internet, la présence numérique des institutions, la communication en ligne, la visibilité des entreprises et le développement de services accessibles sur le web.
Ces deux spécialités ouvrent donc des portes concrètes vers l’emploi, l’entrepreneuriat et la poursuite d’études dans les métiers du numérique.
Une nouvelle façon de penser l’école
Cette première promotion montre qu’il est possible de construire une école plus proche de la réalité du pays. Pendant longtemps, de nombreux jeunes ont terminé leur parcours scolaire avec des connaissances générales, mais sans toujours disposer de compétences directement utilisables dans le monde professionnel.
Le Baccalauréat Technique en Informatique propose une autre logique : permettre aux élèves de continuer leur formation académique tout en développant des savoir-faire pratiques.
Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à utiliser un ordinateur. Il s’agit de comprendre comment les technologies fonctionnent, comment elles peuvent résoudre des problèmes, comment elles peuvent aider une institution, une école, une entreprise ou une communauté.
Cette approche donne plus de valeur au parcours scolaire, parce qu’elle prépare les jeunes à agir, à créer, à réparer, à accompagner et à innover.
Des retombées importantes pour les jeunes
Pour les 125 jeunes certifiés, cette formation peut représenter un avantage important. Dans un marché du travail difficile, chaque compétence technique devient une force supplémentaire.
Un jeune formé en informatique peut offrir des services, accompagner une petite entreprise, aider une école à mieux utiliser ses équipements, créer un site web, gérer une présence numérique ou poursuivre des études dans des domaines comme le développement web, les réseaux, la cybersécurité, les systèmes informatiques, le design numérique ou la gestion de projets technologiques.
Cette certification ne garantit pas automatiquement un emploi. Mais elle donne aux jeunes une base sérieuse, une orientation claire et une meilleure capacité à saisir les opportunités.
Elle peut aussi encourager certains à développer leurs propres initiatives : services de maintenance, assistance informatique, création de sites web, accompagnement numérique pour les commerces, les écoles, les associations ou les professionnels indépendants.
Un impact direct sur la société haïtienne
Les retombées de ce type de programme dépassent largement les bénéficiaires directs. Chaque jeune formé peut devenir une ressource pour son environnement.
Dans une école, il peut aider à mieux utiliser les outils numériques. Dans une entreprise, il peut contribuer à améliorer l’organisation du travail. Dans une communauté, il peut accompagner d’autres jeunes. Dans une famille, il peut devenir celui ou celle qui comprend les démarches en ligne, les outils de communication, les plateformes éducatives ou les services numériques.
Pour Haïti, l’enjeu est majeur. Le pays a besoin de compétences locales capables d’accompagner la transformation numérique. Il ne suffit pas d’acheter des ordinateurs, d’installer internet ou de parler d’innovation. Il faut former des personnes capables d’utiliser ces outils de manière productive.
C’est là que ce programme prend tout son sens. Il place la formation technique au cœur du développement.
Les filles au cœur du numérique
La présence de 68 filles parmi les 125 certifiés est l’un des signaux les plus importants de cette première promotion.
Dans de nombreux pays, les métiers techniques et numériques sont encore perçus comme des espaces majoritairement masculins. Cette promotion montre qu’en Haïti aussi, les filles peuvent occuper une place importante dans l’informatique, le web et les technologies.
Ce chiffre envoie un message fort : le numérique doit être un espace ouvert à tous. Les jeunes filles ne doivent pas seulement être utilisatrices de technologies. Elles peuvent aussi les comprendre, les créer, les gérer et les transformer en opportunités.
Pour une société qui veut avancer, l’inclusion des filles dans les filières techniques n’est pas un détail. C’est une condition essentielle pour construire un développement plus équilibré.
Des écoles aussi renforcées
L’impact du programme ne concerne pas uniquement les élèves. Les établissements participants ont également bénéficié d’un renforcement de leurs capacités.
L’appui en équipements, l’amélioration de la connectivité numérique et l’accompagnement pédagogique permettent aux écoles de mieux intégrer les outils technologiques dans leur fonctionnement.
Les douze enseignants impliqués ont aussi été associés à une démarche fondée sur l’approche par compétences. Cette méthode met l’accent sur ce que l’élève est capable de faire concrètement, et non uniquement sur ce qu’il mémorise.
C’est un changement important dans la manière de concevoir l’enseignement technique. L’objectif n’est pas seulement de transmettre des notions, mais de former des jeunes capables d’agir dans des situations réelles.
Une première promotion qui ouvre la voie
La remise de certificats de cette première promotion du Baccalauréat Technique en Informatique de l’ENTec marque une étape importante pour l’enseignement technique en Haïti.
Elle montre qu’un autre modèle est possible : un modèle où l’école prépare les jeunes aux réalités du présent, tout en leur donnant les moyens de construire leur avenir.
Dans un monde dominé par le numérique, les compétences informatiques deviennent aussi importantes que lire, écrire et compter. Elles permettent d’accéder à l’information, de travailler, de communiquer, de créer, de vendre, de gérer et d’innover.
Former 125 jeunes dans ce domaine, dont une majorité de filles, c’est donc investir dans plus qu’une promotion scolaire. C’est investir dans une génération capable de participer à la transformation numérique du pays.
Cette initiative rappelle une vérité essentielle : l’avenir numérique d’Haïti ne se construira pas seulement avec des machines, des plateformes ou des connexions internet. Il se construira d’abord avec des jeunes bien formés, capables de comprendre la technologie et de l’utiliser pour répondre aux besoins de leur société.


