DevExpo a réuni cette année des participants dans les dix départements du pays autour d’un sujet devenu incontournable : la place du numérique, de l’innovation et de l’intelligence artificielle dans l’avenir d’Haïti. Dans le département du Sud, l’événement organisé aux Cayes a pris une résonance particulière avec la participation de plusieurs personnalités issues de l’entrepreneuriat, de la transformation digitale, de l’innovation sociale, de la communication et du développement. Parmi les intervenants annoncés figuraient notamment Cosy Joseph, Jude Pierre Louis, Isabelle Clérié, ainsi que John BOISGUENE, animateur principal de TekTek, invité comme Keynote Speaker pour partager sa vision sur l’intelligence artificielle et les possibilités qu’elle peut ouvrir pour la jeunesse haïtienne.

À travers TekTek, l’un des médias technologiques haïtiens les plus visibles en ligne, John BOISGUENE contribue depuis plusieurs années à rendre les sujets liés au numérique, aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle plus accessibles au grand public. Sa présence à DevExpo Sud s’inscrivait dans cette même logique : expliquer, vulgariser, rapprocher la technologie de la vie réelle et montrer que les grandes mutations numériques ne concernent pas uniquement les grands pays, les grandes entreprises ou les spécialistes, mais aussi les jeunes, les entrepreneurs, les enseignants, les agriculteurs, les commerçants, les femmes et les communautés locales.

Le thème porté par l’événement invitait à réfléchir à une question essentielle : comment bâtir un changement durable depuis la base, et comment l’intelligence artificielle peut-elle réellement servir le peuple haïtien, non pas dans les promesses, mais dans la réalité quotidienne d’un entrepreneur dans le Sud, d’un agriculteur dans les Nippes ou d’une jeune femme à Jacmel qui dispose d’un smartphone sans avoir toujours accès à un courant stable ? Cette formulation résume l’un des grands enjeux du débat technologique en Haïti : il ne suffit pas de parler d’innovation ; il faut se demander à qui elle profite, comment elle arrive dans les territoires et comment elle peut améliorer concrètement la vie des citoyens.

Devant un public composé notamment de jeunes, d’entrepreneurs, de professionnels et de passionnés de technologie, John BOISGUENE a défendu une vision à la fois ambitieuse et lucide. Pour lui, l’intelligence artificielle ne doit pas être présentée comme une solution magique. Elle ne remplacera ni l’école, ni la discipline, ni l’effort, ni l’organisation, ni les infrastructures dont le pays a besoin. Elle ne réglera pas à elle seule les problèmes d’électricité, d’accès à Internet, de sécurité, de formation ou de financement. Mais elle peut devenir un outil puissant lorsqu’elle est comprise, bien utilisée et mise au service de besoins réels.

Ce message est important dans un pays où la technologie est souvent perçue soit comme un luxe inaccessible, soit comme une promesse trop éloignée des difficultés quotidiennes. L’approche défendue à DevExpo Sud cherchait au contraire à replacer l’intelligence artificielle dans le concret. Un jeune peut l’utiliser pour mieux comprendre une leçon, apprendre une langue, préparer un CV, rédiger une lettre de motivation, structurer une idée d’entreprise, s’initier à la programmation ou découvrir les bases du marketing numérique. Un entrepreneur peut s’en servir pour améliorer sa communication, mieux présenter ses produits, organiser ses idées, préparer une stratégie de vente ou professionnaliser son image. Un enseignant peut l’utiliser pour préparer des contenus plus clairs. Un agriculteur peut rechercher des informations utiles. Une jeune femme qui développe une petite activité peut apprendre à mieux vendre, mieux communiquer et mieux valoriser son travail.

Mais John BOISGUENE a également insisté sur une différence fondamentale : utiliser l’intelligence artificielle pour copier n’est pas la même chose que l’utiliser pour apprendre. Celui qui copie peut obtenir un résultat rapide, mais il ne construit pas nécessairement une compétence. Celui qui apprend, au contraire, développe sa capacité à comprendre, à corriger, à adapter, à créer et à avancer. Cette distinction est essentielle pour la jeunesse haïtienne. L’IA ne doit pas rendre les jeunes dépendants d’une machine ; elle doit les aider à renforcer leur propre intelligence, leur esprit critique et leur capacité d’action.

La présence de Cosy Joseph à DevExpo Sud a également renforcé la dimension internationale et entrepreneuriale de l’événement. Née aux Cayes, elle est présentée par DevExpo Sud comme une experte en transformation digitale avec plus de trente ans de parcours, ayant évolué au sein de grandes entreprises internationales telles qu’AT&T et Amazon. Présidente de la Fondation Gaskov Clergé, cofondatrice et PDG d’Ideal Group SA, elle met son expérience au service de projets reliant technologie, innovation, entrepreneuriat et impact social. Son profil illustre l’importance de relier expertise internationale et développement local, particulièrement dans une ville comme Les Cayes, où de nombreux jeunes cherchent des modèles capables de leur montrer que leur origine géographique ne doit pas limiter leurs ambitions.

Jude Pierre Louis, fondateur du podcast Facteur D’Impact, faisait également partie des panélistes annoncés. Créateur de contenu et communicateur engagé, il est présenté comme une voix portée vers la croissance personnelle, l’entrepreneuriat et le changement social. Son parcours dans le service à la clientèle, la communication et la création de contenus met en évidence un autre aspect fondamental de l’innovation : la technologie ne se limite pas aux outils techniques. Elle concerne aussi la manière dont les individus communiquent, racontent des histoires, inspirent des communautés et créent des espaces d’échange capables de stimuler l’action.

Jude Pierre Louis

Isabelle Clérié, fondatrice de Haiti Impact Group, figurait aussi parmi les intervenants annoncés. Anthropologue et stratège, elle est présentée comme une voix engagée dans la consolidation de la paix, l’innovation sociale et la transformation des connaissances en Haïti. Son approche, axée sur l’utilisation stratégique des données, de la technologie et de l’innovation sociale, rappelle que le numérique ne doit pas seulement être pensé sous l’angle économique. Il peut aussi contribuer à mieux comprendre les communautés, à produire des connaissances crédibles, à transformer les récits dominants sur Haïti et à mettre en lumière les capacités, les ressources et le potentiel des citoyens.

Isabelle Clérié

La diversité de ces profils a donné à DevExpo Sud une portée plus large. L’événement n’a pas seulement mis en avant l’intelligence artificielle comme une nouveauté technologique. Il a permis de croiser plusieurs dimensions : l’entrepreneuriat, la communication, la transformation digitale, l’impact social, la paix, la formation, la jeunesse et le développement local. C’est précisément dans cette intersection que se joue une partie de l’avenir numérique d’Haïti. La technologie ne peut pas être isolée des réalités sociales, économiques et éducatives du pays. Elle doit être pensée comme un outil au service des personnes, des institutions, des communautés et des territoires.

Le fait que DevExpo se soit tenu dans les dix départements donne également une signification particulière à l’initiative. La conversation sur l’innovation ne peut pas rester concentrée à Port-au-Prince ou dans les milieux déjà connectés. Les régions doivent être pleinement intégrées aux débats sur l’intelligence artificielle, l’économie numérique, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et l’avenir du travail. Le Sud, comme les autres départements, possède une jeunesse qui observe le monde changer et qui cherche des moyens concrets pour apprendre, produire, créer et s’insérer dans les nouvelles dynamiques économiques.

À DevExpo Sud, le message adressé aux jeunes était clair : il ne faut pas attendre que toutes les conditions soient parfaites pour commencer à apprendre. Les difficultés sont réelles, mais elles ne doivent pas devenir une excuse pour rester à l’écart des grandes transformations du monde. Le téléphone dans la main d’un jeune peut servir à perdre du temps, mais il peut aussi devenir une école, un bureau, un espace de création, un outil de recherche, un moyen de vente, de communication et de formation. La différence ne vient pas seulement de l’appareil. Elle vient de l’usage, de la discipline, de la curiosité et de la volonté de progresser.

Cette réflexion rejoint directement l’esprit de TekTek : rendre la technologie compréhensible, utile et proche des gens. Dans un pays où beaucoup de citoyens entendent parler d’intelligence artificielle sans toujours comprendre ce qu’elle peut faire, ce qu’elle ne peut pas faire et quels risques elle comporte, la vulgarisation devient une nécessité publique. L’IA peut produire de fausses informations, générer de fausses images, imiter des voix, manipuler des contenus ou donner des réponses inexactes avec une apparence de certitude. Former les jeunes à l’intelligence artificielle ne signifie donc pas seulement leur apprendre à utiliser une application. Il faut aussi leur apprendre à vérifier, à douter, à protéger leurs données, à reconnaître les manipulations et à garder leur jugement.

C’est là que DevExpo Sud prend tout son sens. L’événement a permis de rappeler que l’innovation ne doit pas être un spectacle que les jeunes regardent de loin. Elle doit devenir une compétence qu’ils apprennent, un langage qu’ils comprennent, un outil qu’ils maîtrisent et une force qu’ils peuvent mettre au service de leurs projets. Haïti n’a pas seulement besoin de consommateurs de technologie. Le pays a besoin de jeunes capables de comprendre les outils de leur époque, de les adapter à leur réalité, de résoudre des problèmes concrets et de transformer la connaissance en action.

L’intelligence artificielle ne sauvera pas Haïti à la place des Haïtiens. Elle ne remplacera ni le courage, ni l’effort, ni la discipline, ni la vision collective. Mais entre les mains d’une jeunesse formée, consciente, créative et responsable, elle peut devenir un outil important pour apprendre, entreprendre, produire, communiquer et bâtir. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement l’existence des outils, mais la capacité du pays à former ses citoyens pour qu’ils puissent les utiliser avec intelligence.

DevExpo Sud aura ainsi été plus qu’un simple rendez-vous technologique. Il aura été un espace de réflexion sur la place des régions dans la transformation numérique du pays, sur le rôle des jeunes dans l’économie de demain, sur l’importance des modèles inspirants et sur la nécessité de faire descendre l’intelligence artificielle dans la vie réelle. Avec la participation de John BOISGUENE, Cosy Joseph, Jude Pierre Louis, Isabelle Clérié et d’autres intervenants, l’événement a montré que la technologie peut devenir un point de rencontre entre savoir, expérience, territoire, entrepreneuriat et engagement social.

Le défi, désormais, est de faire vivre cette conversation au-delà de l’événement. Elle doit continuer dans les écoles, les universités, les centres de formation, les médias, les entreprises, les quartiers, les départements et tous les espaces où se prépare l’avenir du pays. Car la vraie question n’est pas seulement de savoir si l’intelligence artificielle va transformer le monde. Elle est déjà en train de le faire. La vraie question est de savoir si les jeunes haïtiens seront formés pour participer à cette transformation, ou s’ils devront encore la regarder se faire sans eux.

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