Chaque mois, des centaines de millions d’utilisateurs se tournent vers Pinterest pour y découvrir les nouvelles tendances, les idées les plus inattendues et les objets les plus improbables. Derrière ces images insolites, parfois absurdes, souvent virales, se cache désormais une réalité bien plus stratégique : l’intelligence artificielle qui alimente les recommandations de la plateforme n’est plus exclusivement américaine. Depuis 2025, Pinterest expérimente et intègre des modèles d’IA développés en Chine, marquant un tournant discret mais profond dans l’équilibre mondial des technologies d’intelligence artificielle.

Le PDG de Pinterest, Bill Ready, l’affirme sans détour : la plateforme est devenue un véritable assistant d’achat dopé à l’IA. Pourtant, au lieu de s’appuyer uniquement sur les grands laboratoires américains, l’entreprise a choisi d’exploiter des modèles open source venus de Chine, notamment depuis la sortie du modèle DeepSeek R-1 en janvier 2025. Ce lancement, qualifié de « moment DeepSeek » par les dirigeants de Pinterest, a déclenché une vague de modèles ouverts, accessibles et personnalisables, offrant une alternative crédible aux solutions propriétaires américaines.

Cette dynamique ne se limite pas à Pinterest. De nombreuses entreprises du Fortune 500 adoptent désormais des modèles chinois pour leurs usages internes. Airbnb, par exemple, s’appuie largement sur le modèle Qwen d’Alibaba pour son agent conversationnel de service client, évoquant trois raisons simples : performance, rapidité et coût réduit. Selon plusieurs ingénieurs, ces modèles peuvent être jusqu’à 90 % moins chers que les solutions propriétaires occidentales, tout en offrant des performances comparables, voire supérieures dans certains cas.

Sur la plateforme Hugging Face, véritable baromètre mondial de l’IA open source, les modèles chinois dominent régulièrement les classements de téléchargements. Qwen, Kimi de Moonshot ou encore les modèles de ByteDance figurent parmi les plus utilisés par les développeurs. Même Meta, pourtant pionnier de l’open source avec Llama, a vu son avance s’éroder après une quatrième version jugée décevante, au point de recourir elle-même à des modèles étrangers pour entraîner ses prochaines générations d’IA.

Ce basculement remet en question une idée longtemps dominante : celle selon laquelle les États-Unis conserveraient une avance structurelle dans l’intelligence artificielle. Un rapport récent de l’université Stanford conclut que les modèles chinois ont non seulement rattrapé leur retard, mais qu’ils pourraient désormais devancer leurs concurrents occidentaux, tant en performances qu’en adoption mondiale. Le paradoxe est frappant : dans la rivalité entre les deux superpuissances, la Chine apparaît aujourd’hui comme le principal moteur de la démocratisation de l’IA, grâce à une stratégie fondée sur l’ouverture, la diffusion massive et le soutien étatique.

Pendant ce temps, les entreprises américaines, soumises à une pression financière croissante, privilégient des modèles fermés, monétisés, et désormais soutenus par la publicité. OpenAI, malgré la publication récente de deux modèles ouverts, concentre l’essentiel de ses ressources sur des systèmes propriétaires de plus en plus coûteux à entraîner. Sam Altman assume cette stratégie, misant sur une croissance rapide des revenus pour financer des infrastructures toujours plus massives.

Le monde de l’IA semble ainsi entrer dans une nouvelle phase : moins spectaculaire, moins idéologique, mais infiniment plus pragmatique. La bataille ne se joue plus uniquement sur la promesse d’une intelligence supérieure à l’homme, mais sur la capacité à fournir des outils efficaces, accessibles et économiquement viables. Et sur ce terrain-là, la Chine a pris une avance que même la Silicon Valley ne peut plus ignorer.

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